Une négociatrice immobilière installée sur le bassin annécien m’a écrit un jour pour me demander vers quelles formations sérieuses se tourner pour devenir expert immobilier. La question revient régulièrement, de la part d’agents, de collaborateurs de notaires ou de juristes. Cet article reprend la réponse que je lui avais faite en 2021, mise à jour : ce que recouvre le titre, les parcours de certification, l’obligation de formation continue et quelques lectures pour commencer.
Un métier sans réglementation d’accès, mais des titres protégés
L’activité d’expert en évaluation immobilière ne fait pas l’objet d’une réglementation d’accès spécifique en France. Chacun peut se présenter comme expert immobilier, ce qui explique la diversité des pratiques et l’importance des certifications volontaires.
Deux titres sont en revanche protégés par la loi du 29 juin 1971 relative aux experts judiciaires. Les personnes inscrites sur une liste ne peuvent faire état de leur qualité que sous la dénomination « expert agréé par la Cour de cassation » ou « expert près la cour d’appel de… » (article 3). L’usage de ces dénominations par une personne non inscrite, ou d’une dénomination prêtant à confusion, est pénalement sanctionné (article 4). On dit donc « expert près la Cour d’appel de RENNES », et non « auprès de », et le terme « expert agréé » est réservé à la liste nationale.
Les conditions d’inscription sont fixées par le décret du 23 décembre 2004 : expérience professionnelle suffisante dans la spécialité, formation à l’expertise, absence de condamnation (article 2). L’inscription initiale sur une liste de cour d’appel est probatoire, pour trois ans ; la réinscription se fait ensuite pour cinq ans. Les évaluations immobilières relèvent de la rubrique C.18 de la nomenclature fixée par l’arrêté du 5 décembre 2022.
Inscrit ou non sur une liste, l’expert en évaluation immobilière doit disposer d’une assurance de responsabilité civile professionnelle (Charte de l’expertise en évaluation immobilière, 6e édition, novembre 2025, Titre I, §2.3). C’est un critère simple pour apprécier le sérieux d’un confrère ou de sa propre pratique.
Viser une certification reconnue : REV et TRV
À mon sens, l’objectif le plus utile est la certification Recognised European Valuer (REV) de TEGOVA, reconnue au niveau européen et par une large part des professionnels de l’immobilier, agences et études notariales comprises. TEGOVA a créé le programme REV en 2008 et le programme TEGOVA Residential Valuer (TRV), consacré au résidentiel, en 2014 (Charte, Titre I, §1.2.2). Les normes européennes d’évaluation, les EVS 2025, y consacrent une norme entière à la qualification de l’évaluateur (EVS 3).
Ces certifications s’obtiennent par l’intermédiaire d’une association membre de TEGOVA. Lorsque j’ai suivi ce parcours, six organisations françaises le proposaient : la Chambre des experts immobiliers de France (CEIF-FNAIM), l’Institut français de l’expertise immobilière (IFEI), le Conseil supérieur du notariat (CSN), la Confédération des experts fonciers, l’AFREXIM et le SNPI. Il est utile de comparer leur offre, leurs prérequis et leur coût, car ils varient selon le profil : un agent immobilier ne s’adressera pas forcément au même réseau qu’un collaborateur de notaire.
Pour ma part, j’ai suivi ce cursus avec l’appui du CSN : quatre modules d’expertise (deux en habitation, deux en locaux commerciaux), puis vingt rapports complets d’une cinquantaine de pages à produire en deux ans, dont trois examinés plus particulièrement par le jury. Selon le niveau d’études initial, une expérience professionnelle plus ou moins longue est exigée.
La formation continue, condition du maintien
La certification n’est pas acquise une fois pour toutes. La Charte impose à l’évaluateur d’actualiser en permanence ses connaissances techniques, économiques, juridiques, fiscales et comptables, et de suivre une formation continue obligatoire de vingt heures minimum par an (Titre I, §1.2.1). Les EVS formulent la même exigence (EVS 3, §4.4).
Le principe vaut aussi pour les experts inscrits sur les listes judiciaires. Le décret de 2004 prévoit que la demande de réinscription est accompagnée des éléments permettant d’apprécier la connaissance acquise des principes directeurs du procès et des règles de procédure, ainsi que les formations suivies (article 10), et que l’expert déclare chaque année les formations de l’année écoulée (article 23). Les magistrats y sont attentifs.
De nombreuses formations sont aujourd’hui accessibles à distance, à un tarif raisonnable. Pour faire le tri, je regarde d’abord la qualité de l’intervenant : universitaire, magistrat, expert agréé par la Cour de cassation, praticien reconnu de la spécialité.
Quelques lectures pour commencer
En attendant de choisir l’association qui vous accompagnera, trois lectures me semblent utiles.
- Expertise immobilière, guide pratique, de Polignac, Monceau, Cussac et Lesieur, aux éditions Eyrolles. Complet, simple, efficace : très bon pour adopter la méthode et les réflexes.
- La Charte de l’expertise en évaluation immobilière, dont la 6e édition date de novembre 2025. Elle définit les valeurs, les méthodes, les obligations de l’expert et le contenu des rapports.
- Les European Valuation Standards 2025 de TEGOVA, en particulier EVS 1 (valeur de marché), EVS 4 (processus et lettre de mission) et EVS 5 (rapport).
Enfin, la lecture de rapports d’expertise, y compris ceux que l’on trouve en annexe de décisions de justice, est précieuse : elle montre ce que l’on fait déjà correctement et ce que l’on peut améliorer.
Ce qui rend un expert crédible
Au-delà des titres, la crédibilité tient à quelques habitudes : visiter le bien, puisque l’expertise d’un immeuble nécessite une visite (Charte, Titre II, §9.2.1) ; écrire une lettre de mission avant de commencer (Titre II, §9.1) ; justifier chaque chiffre par des références ; distinguer les faits des opinions ; formuler des réserves quand une donnée n’a pas pu être vérifiée ; et refuser une mission lorsqu’un conflit d’intérêts existe (Titre I, §4.1.3). Ces habitudes se construisent avec le temps, et la formation initiale sert surtout à les installer.
Pour aller plus loin
La façon dont je conduis une mission, de la lettre de mission au rapport, est décrite sur la page Méthode. Sur le même thème : l’indépendance de l’expert et quels éléments contient un rapport d’expertise.
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